D'abord, cette fois c'est absolument sûr et sans appel, c'en est fini des pivoines pour cette année... Et dire qu'avant (Mais
avant quoi??? Hé bien avant cette maison et avant ce jardin, avant cette impasse au coeur de la ville) , j'aurais bien été incapable de vous décrire une pivoine. D'ailleurs, ne sachant
pas reconnaître une plante d'après ses premières feuilles, je me souviens avoir regardé apparaître les premiers bourgeons d'un oeil plutôt inquiet. Car mon incompétence en la
matière allait jusqu'à ignorer l'existence des pivoines arborescentes. Comme quoi la vie nous réserve de bien belles surprises. Parfois.
Que ceux qui me connaissent se rassurent (comment ça?! Il pourrait y avoir parmi les visiteurs de ce blog des gens que je cotoie dans la vie de chair et d'os, des gens qui ne m'en
auraient rien dit et ricaneraient dans mon dos??? Non, j'peux pas le croire...), qu'ils se rassurent disai-je: je n'ai pas passé ma journée à regarder les pétales moribonds de mes
pivoines joncher le sol. Et qu'ils finissent de se rassurer complètement: je n'ai pas passé ma journée à des occupations horticoles. Non, en fait j'ai profité d'une petite accalmie en
fin de soirée pour attraper mon Arnaldur et dévorer les 30 dernières pages. Et dire qu'avant ça j'avais plutôt le moral
(ben oui, la fin de mes fleurs c'était dommage mais pas insurmontable)... Je ne vous en dis pas trop là dessus sinon vous ne le lirez pas et puis, parler des romans d'Arnaldur est un
exercice périlleux auquel je ne me risquerai pas ce soir. Je vous livre seulement ces quelques lignes tirées de l'avant dernière page:
"Il regarda la surface de l'eau hérissée par le vent du nord en se disant que les lieux ne tarderaient pas à retrouver leur apparence antérieure. Peut-être
était-ce la volonté divine qui avait présidé à tout cela. Peut-être le lac de Kleifarvatn s'était-il vidé dans le seul but de jeter la lumière sur un crime passé. Bientôt, à l'endroit où le
squelette avait reposé, conservant cette histoire d'amour et de trahison venue d'un pays lointain, l'eau serait aussi profonde, aussi froide qu'avant."
De toutes façons, arrivée
là, j'avais déjà pleuré à chaudes larmes et relu 2 fois la page d'avant...
Du coup, j'avais oublié de regarder où en était le tirage au sort pour les matriochkas! En découvrant mon nom en première
position, j'ai d'abord fouillé la suite de la liste pour voir s'il y avait une autre Marie... Ben oui, des fois que celle qui aurait la tâche délicate (et terrifiante
surtout, abolument terrifiante...) de lancer les hostilités ne serait pas moi (ben non voyons...) mais une autre, une qui n'aurait pas eu de chance, une pauv'Marie qui allait
connaître l'angoisse de la page blanche et les sueurs froides et les terreurs nocturnes...
Et le temps passa et la loutre resta une bonne occasion de rigoler un peu... C'était sans compter sur la tenacité de
l'amour de ma vie qui, profitant d'un nouveau reportage sur la question, m'apporta la preuve que je n'étais qu'une sombre bécasse et que je lui devais des excuses publiques.
J'ai une lourde dette... Oui, une dette énorme envers mon fiston Roméo. Car mon fils a un blog (dans le monde merveilleux et sûr de Canaille
blog) et sur ce blog, il a écrit un article pour moi. Cela s'appelle "Ma maman que j'adore" avec 6 points d'exclamation (parce que 5 ce n'était pas assez pour
une maman aussi formidable et belle et gentille que moi) et des coeurs de chaque côté. Si, je vous assure que c'est vrai! Le seul commentaire qu'il ait eu à son article était: "mois sa dépend" de
la part d'une petite Louise visiblement beaucoup moins portée que lui sur l'adoration maternelle... Alors bien entendu, il attend que je fasse un peu la même chose...à ma façon!
Si vous voulez plaire à Roméo, évitez surtout de lui faire le coup de "Alors, et Juliette?" ou
encore "Ô Roméo! Roméo! Pourquoi es-tu Roméo?". Car Roméo a horreur de ces plaisanteries. D'ailleurs, Roméo porte très mal son prénom puisque Roméo a horreur de l'amour... Pour nous en persuader,
nous qui nous amusons parfois à lui dire qu'en toute logique cela devrait lui passer, il nous a écrit un mot signé où il dit: " Je ne sortirai jamais avec une fille". Cruels que nous
sommes, nous trépignons d'ores et déjà d'impatience en attendant le jour béni où, un peu gêné et sûrement maladroit, il nous présentera sa première amoureuse. Car bien entendu, nous
nous voyons déjà, goguenards, aller chercher ce joli papier bleu et le lui agiter sous le nez...
Alors bien sûr, Roméo n'est pas parfait: Roméo a souvent un métro de retard, Roméo lit des BDs au lieu de se préparer pour aller à l'école, Roméo déteste vider le lave-vaisselle, Roméo
aurait parfois tendance à trouver le tuning trop cool , Roméo veut faire footballeur professionnel, Roméo croit que Bayrou est de gauche, tous les cahiers de Roméo ressemblent à des
cahiers de brouillon et quand Roméo perd au jeu, c'est le jeu qui est nul...
Mais finalement, cela n'est pas grand chose. Car Roméo aime les gens et les gens aiment Roméo. Et dans le coeur de sa maman, Roméo est un ange, un prince, une étoile, un soleil...
Tout ça pour vous dire qu'aujourd'hui, Roméo a 10 ans alors soyez sympas, faites lui plaisir: "Lâchez vos comm!!!"
Voici mon p'tit Roméo en singe... Pour transformer vous aussi vos enfants en petits singes (ou vous même en vieillard, votre
amoureux en femme, votre mère en tableau de Modigliani etc...) allez donc sur Face of the future!
L'homme du lac
J'ai attendu deux longs mois avant de me décider à le commencer: je l'avais posé en évidence dans le salon, presque en déco, et je savais cette attente tout aussi délicieuse que la lecture
qui suivrait. J'attendais le moment propice, celui où je pourrai m'y plonger aussi longtemps et aussi souvent que je le voudrais. Et voici, après 96 pages absorbées à toute allure et avec
délectation, mes premières impressions...
"Elle resta longtemps immobile à scruter les ossements comme s'ils n'avaient pas dû se trouver là. Pas plus qu'elle même d'ailleurs." A eux seuls, les premiers mots de
L'homme du lac plantent le décor. Mais au delà des mots, il faut savoir où l'on se trouve, imaginer le lieu, le paysage. Voici donc un aperçu du lac Kleifarvatn (c'est d'ailleurs
le titre original du roman) où l'on découvre un squelette à moitié enfoui.
Cette découverte entraîne Erlendur vers le monde qu'il connait le mieux: celui des disparitions, celui où on recherche
dans les montagnes les restes de ceux que l'on y a perdu, celui où on attend des heures puis des jours celui ou celle qui ne reviendra pas.
Et pour renforcer l'ambiance, rien de tel qu'un petit Sigur Ros...
Un autre article sur Arnaldur Indridasson (et aussi l'Islande, tout ça tout ça...[ ici ])
Je n'ai jamais parlé de toi. Je le fais aujourd'hui. Mais
je ne citerai pas ton nom, non, je ne montrerai pas ton visage...
Au début, il y a eu le bruit, celui de la voiture qui heurte ton corps. Les cris sont venus juste après. Et à la fin seulement, les sirènes. Il ne roulait pas trop vite,
il n'avait pas bu mais il ne t'a pas vu traverser la route. Les femmes ont hurlé, les hommes se sont jetés sur la voiture, ont frappé le conducteur. C'est d'ailleurs tout ce que le monde a
retenu de cette histoire, c'est tout ce que le journal a dit de ta mort. Comme si les gadjés se laissaient écraser leurs enfants sans rien dire, sans hurler, sans frapper. Il n'y aurait
pas de quoi être fier, hein?
Mais tu sais ce qu'ils ont raconté, après, les gens de ton peuple? Tu sais comment ils ont mis fin à la haine ? Ils ont dit que le seigneur t'avait rappelée à lui juste avant que la
voiture te touche.
Et puis, il y a eu ton enterrement, un jour de grand soleil. Tes cheveux auraient brillé dans la lumière. Tu aurais vu la foule, c'était vraiment quelque chose. Etaient-ils des
centaines? Un millier peut-être. Il y avait les cousins et les amis, les amis des cousins, les frères des amis et puis tous ceux des vendanges et ceux des cueillettes. Tous avaient mis leurs
habits les plus beaux, ceux qui avaient la classe. Debout près du corbillard, les gendarmes avaient chaud dans leurs uniformes. Est-ce qu'il y a toujours la police aux enterrements des
jeunes filles? Ce qui est sûr, c'est que tout le monde était là. Tout le monde oui, sauf ta mère. Les mères, on ne leur fait pas croire n'importe quoi...
Mais tu sais ce qu'ils ont raconté, après, les gens de ton peuple? Tu sais comment ils ont rendu la mort jolie? Ils ont dit qu'en refermant ton cercueil, ils
t'avaient vu sourire.
Est-ce qu'il n'y a pas des fois où vous vous demandez pourquoi vous passez autant de temps à surfer sur le net, des fois où
vos navigations solitaires se soldent par un retour bredouille à la page d'accueil, persuadé de la vacuité du réseau tout entier et sûr que finalement, tout cela ne vaut pas un clic
et encore moins un blog?...
Oui mais voilà, il y a aussi des jours où votre souris a du flair et où elle vous déniche LE truc extra qui fait crac boum hue et devant lequel vous restez scotché.
Et le dernier truc en date pour moi, le voici le voilà!
...
Non, en fait, cela nécessite une petite préparation, une certaine mise en condition...
Tout d'abord, demandez vous ce que, dans vos rêves les plus fous, si le Génie de la lampe venait à vous appaître, vous aimeriez pouvoir observer du ciel: Christophe Colomb posant le pied sur la
terre américaine (en se croyant aux Indes, cet imbécile...)? Le pauvre Petit Poucet semant ses cailloux blancs dans la forêt? ... (Allez dites moi quoi, ça
m'intéresse!)
Bon, maintenant, lisez ceci: "Moïse étendit sa main sur la mer. Et l'Éternel
refoula la mer par un vent d'orient, qui souffla avec impétuosité toute la nuit; il mit la mer à sec, et les eaux se fendirent.
Les enfants d'Israël entrèrent au milieu de la mer à sec, et les eaux formaient comme une muraille à leur droite et à leur
gauche."
(Là, je me permets un petit commentaire annexe que je vous demande de ne surtout pas mal interpréter mais franchement, L'ancien
Testament, c'est bourré de métaphores et de poésie, alors pourquoi un style aussi nul? Eh oh, messieurs les traducteurs et travailleurs de la Bible, vous ne pourriez pas faire un tout petit
effort dans la forme?)
Voilà, vous ètes prêts! Vous pouvez regarder:
Elle avait d'abord essayé de calquer sa respiration sur celle de sa fille. Mais alors que la toute petite poitrine se soulevait régulièrement dans le berceau, il lui semblait qu'un poids appuyait sur la sienne et bloquait son souffle.
Dehors, le vent se frayait entre les bâtiments de l'hôpital un chemin jusqu'à sa fenêtre et à chaque rafale, le vieux store de bois venait cogner la vitre. Est-ce que les autres femmes arrivaient
à trouver le sommeil? A entendre le silence qui provenait des chambres voisines, on aurait pu croire que la tempête n'était là que pour elle...
Se disant qu'une position confortable l'aiderait à s'endormir, elle releva la tête du lit, testa cette nouvelle posture puis finalement rappuya sur la petite touche pour remettre le lit à plat.
Elle remit sous sa tête le coussin qu'elle avait enlevé quelques minutes plus tôt, se tourna sur le côté en repliant les jambes puis se remit sur le dos. Elle posa une main sur son ventre, tenta
en vain de trouver son souffle et décida de se lever. Elle retint une plainte en s'asseyant. Etait-ce bien son corps qui jadis avait dansé? Est-ce que les autres femmes dans les chambres
voisines ressentaient cela aussi? Parvenaient-elles à oublier la lourdeur de leur corps?
Elle gagna la porte à pas feutrés et sortit dans le couloir. Elle ne voulut pas appuyer sur l'interrupteur et déclencher les néons. Elle préférait avancer à la lueur feutrée des veilleuses.
Là, les plafonds étaient aussi hauts que dans les chambres. Pourquoi était-ce si oppressant? Etait-ce tout cet espace vide qui pesait sur ses épaules? Etait-ce cela qui lui donnait
l'impression d'étouffer?
Elle passa devant la nurserie, perçut des chuchotements. Plus loin, le vieil ascenseur de fer attendait la venue du jour, vide et inutile. Elle prit l'escalier pour atteindre le
rez-de-chaussée. Se pouvait-il que des enfants viennent au monde à quelques mètres de là sans qu'aucun cri, aucun pleur ne lui parvienne? Etait-elle dans le seul endroit au monde où le silence
l'emporte sur le bruit?
Elle vit à sa droite la petite porte des urgences par laquelle elle était arrivée deux jours plus tôt portant l'espoir que les choses iraient vite. Mais la douleur avait duré des heures, nichée
quelque part dans son corps d'où elle s'était épanouit en bouquets. Elle avait éclos dans son ventre comme des fleurs: d'abord une petite fleur puis une autre, plus grande, au coeur de
la première. Elle avait pensé aux feux d'artifice et à leurs corolles successives. Elle avait compté, soufflé, respiré. Et une tout petite fille était née, créant tout autour d'elle un
monde demesuré.
Se rappelant soudain que la petite dormait seule un étage plus haut, elle remonta l'escalier. Cet effort, infime, suffit pourtant à l'essouffler. Elle se maudit en
silence d'être aussi amoindrie, resta quelques secondes arrêtée en haut des marches et reprit son chemin. A quelques pas de la porte, l'obscurité lui parut plus intense
et le silence plus lourd. Elle avait de plus en plus de mal à reprendre sa respiration. La lueur des veilleuses lui semblait plus faible et elle ne dissernait plus l'entrée de la chambre.
Elle scruta la nuit, se demandant si elle ne s'était pas égarée. C'est alors qu'elle vit l'ombre dressée devant elle et qui se détachait sur la nuit, à peine plus noire que
l'obscurité. Elle se sentit soulevée de terre, enlacée par des bras d'acier. Alors la forme se pencha sur elle, fixa sur son visage des yeux noirs et béants et lui dit d'une voix qu'elle ne fut
jamais tout à fait sûre d'avoir entendue:
"N'oublie pas comment tout cela finira. Aujourd'hui, tu marques un point en donnant la vie mais un jour je reviendrai et je prendrai la tienne. Regarde moi bien:
c'est moi qui happerai ton dernier souffle".
...Lorsqu'elle s'éveilla le lendemain matin, elle ne remarqua même pas qu'elle respirait librement. Elle se dit seulement que la petite
avait vraiment bien dormi.
C'est mon lac intérieur -
dans l'ombre rôde
un tigre noir
Kaneko Tôta
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une vraie mine !